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Chapitre II Mokhtar soussi

Chapitre II
Vie et formation d'Al-Mokhtâr Al-Soussi.


1- Place d'Al-Mokhtâr dans son arbre généalogique

      

      * Abdellah ben Said est le grand ancêtre de la tribu d'Al-Mokhtâr, Al-S'aidya.


2- L'ascendance d'Al-Mokhtâr Al-Soussi.


2-1 Sa famille.

      Notre éducateur est issu d'une famille consacrée à l'enseignement. Al-Mokhtâr Al-Soussi descend du grand aïeul, le wali vénéré Sidi Abdellah ben S'îd Al-Tahâlî qui a vécu entre 955 H et 1051 H / 1542 - 1642.  

      Ce fut un homme de religion et un soufi éminent dont la célébrité s'étendit bien au-delà du Souss. Il a consacré toute sa vie à enseigner les principes du vrai Islam à travers les tribus comme le faisaient les grands soufis. Ce qui lui a permis d'avoir d'innombrables disciples à travers tout le Maroc.

      En même temps, en plus de l'enseignement religieux, il mettait sans cesse ses auditeurs en garde contre les dangers que les ambitions étrangères pouvaient faire peser sur le pays.

      Il ne manquait pas non plus de construire des zaouias pour ses disciples un peu partout, comme il était de coutume dans les différentes confréries,

      Il y eut à son époque plus de cent zaouias. Après sa mort, ses disciples portèrent leur nombre à cent cinquante.  

      La zaouit-mère où le wali Sidi Abdellah ben S'îd Al-Tahâlî est enterré est, de nos jours encore, le centre d'un moussem annuel visité par des gens venus de différentes régions du Maroc pour solliciter sa baraka.   

      A l'origine, la famille d'Al-Mokhtâr Al-Soussi se consacra exclusivement aux activités religieuses et ce jusqu'au XIIIème siècle (XIXème). Epoque où la renommée de son savoir atteignit son apogée, grâce à un nombre important d'oulémas sortis des médersas du Souss.

      Cette renaissance que connut Ilgh facilita la naissance des bibliothèques scientifiques individuelles qui renfermaient des livres rares.  

      Il est certain qu'une telle famille, qui bénéficiait de prérogatives religieuses et « scientifiques », avait un rang social important qui ne manquait pas de lui assigner un rôle politique à jouer.

      Al-Mokhtâr Al-Soussi, nous informe dans son Ma'soul que ses augustes ancêtres avaient des Dahirs, émis par les sultans du Maroc, qui les dispensaient des obligations vis-à-vis du Makhzen, et leur octroyaient dignité et respect.   

      Sous le règne du roi Mohamed V, un Dahir a été promulgué le 6 Mouharram 1353 H / 1934 en faveur des descendants de cette famille des mourâbitîne.   

      L'un des frères de Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi, Mohamed Al-khalifa, chef religieux des fouqarâ Darqâwîs, fut désigné, après l'accord des Français, chef de la tribu Aït Abdellah Ous'îd en 1934. Après la deuxième guerre mondiale, l'autorité du protectorat l'appela aux fonctions de caïd d'Aglou près de Tiznit, poste qu'il conserva jusqu'après l'indépendance.

      Grâce à son intervention auprès des Français, son frère Al-Mokhtâr Al-Soussi, expulsé de Marrakech, put être renvoyé vers sa région natale Ilgh et échappa ainsi aux déportations que connurent de nombreux Marocains en 1937.

      Et pour couronner le rang éminent de cette famille noble et son rôle national et politique, Al-Mokhtâr Al-Soussi apparût parmi les personnalités les plus importantes dans le rang du mouvement national en 1926, ce qui devait lui coûter cher à cause de la lutte qu'il mena, à sa manière, en tant que savant et enseignant.


2-2 Un père soufi.

      En faisant référence au Tiryâq Al-Moudâwî   , nous notons que les ascendants d'Al-Mokhtâr Al-Soussi sont: 'Ali ben Ahmed ben Mohamed ben Ahmed ben Mohamed ben S'îd ben Mohamed ben Ahmed ben Abdellah ben S'îd ben Al-Houssaine ben Ybourk.( voir page :32)

      En consultant Al-Ma'soul nous remarquons l'omission de Houssaine et Ybourk, cette ascendance se limiterait à Sidi Abdellah ben S'îd.  

      Al-Mokhtâr Al-Soussi descend donc d'un père soufi du XIX ème siècle, le cheïkh Sidi Ali Al-Hadj qui avait été formé par un système éducatif purement religieux, à son époque. Al-Mokhtâr Al-Soussi, fils et biographe du cheïkh n'a pas épargné ses efforts pour mettre en relief le savoir religieux et la notoriété de celui-ci. Déjà la mère du cheïkh, Tagada, espérait le voir devenir un savant éminent qui comblerait la famille de tous les honneurs à l'instar de son cousin Sidi Mohamed ben Abdellah.   

      Mais en 1298 H / 1880, le père d'Al-Mokhtâr Al-Soussi se revêtit du froc, Al-khirqa    et abandonna la djellaba des oulémas.

      Ce fut son premier pas dans la voie du soufisme. Le cheïkh lui-même a dit à ce propos: « C'est de ce cheïkh (S'îd Al-Ma'drî) que j'ai reçu le froc initiatique, akhdh Al-khirqa. Celui qui en est investi a besoin d'un excellent maître qui, lui même, l'a reçu d'un autre maître et ceci jusqu'au Seigneur de l'existence (le Prophète Mohamed). J'ai reçu cette khirqa en 1289 H / 1871». 

      Ce fut ainsi que le père d'Al-Mokhtâr Al-Soussi s'engagea dans la voie de la tariqa. Vêtu d'un froc rapiécé, portant un gros rosaire autour du cou et une canne à la main, il appliqua scrupuleusement les recommandations de son Cheikh Al-Ma'drî, et se déplaça de village en village et de souk en souk, dans sa région natale. Il mendiait et implorait les gens d'apaiser sa faim, ce qui attristait sa famille et lui laissait croire qu'il avait été victime du mauvais oeil, de la sorcellerie ou de la possession des démons. Ceci poussa même son père à immoler un mouton dans un marabout proche de la médersa Fougrd.  

      La famille du Cheikh Sidi 'Ali ne comprenait pas ce qui lui arrivait ! Pourtant, ce n'était que la rupture de ses habitudes dans le dessein de purifier son âme et de se protéger contre tout ce qui pourrait la souiller.

      L'appartenance du père d'Al-Mokhtâr Al-Soussi à la tariqa, ne l'empêcha pas d'avoir une vie sociale et conjugale très active,. Le fait que le cheïkh ait eu trois épouses et quinze enfants en fournit l'illustration.

      Après avoir reçu trois autorisations : celle de son cheïkh, celle du Prophète et celle de Dieu, Sidi Ali entreprit les travaux de construction de sa zaouit à Ilgh le 2 Chawwâl 1302 H / 15 juillet 1885.

      La zaouit, (zaouia) fut construite peu à peu avec des matériaux de fortune: terre, argile, pierres, madriers et troncs d'arbres. Beaucoup se plurent à dire que ce modeste édifice rappelait la première mosquée construite par le Prophète à Yathrib (Médine.),Masjid Qoubâ , (Mosquée des deux Qiblas) qui n'était qu'une humble cabane.

      Le terrain sur lequel fut construite la zaouit appartenait à une femme du nom de Tabourricht qui le vendit aux fouqarâ.   

      Le père d'Al-Mokhtâr Al-Soussi partagea son temps entre l'enseignement des préceptes de l'islam à ceux qui assistaient aux réunions des Darqawîs, à ses novices, et pendant ses multiples pérégrinations à travers la région du Souss.


2-3 Une mère instruite.

      Le cheikh Sidi 'Ali, père d'Al-Mokhtâr Al-Soussi, était polygame. « Sache que le cheikh avait trois épouses. La première était Fatima Al-Ilghya qu'il épousa le 10 dhou Al-Hijja 1302 H / [1884]. [...] La deuxième était Khadija mais elle était connue localement sous le nom de Khalija à cause de son accent berbère, épousée en 1312 H / 1894. [...] La troisième femme était Rouqqaya Al-Adouzya, mère de notre enseignant et éducateur, Al-Mokhtâr Al-Soussi, et dont le père était opposé à la tariqa du cheïkh ».   

      C'était une grande dame qui avait mémorisé tout le Coran grâce à son père sidi Mohamed ben Al-'Arbi Al-Adouzî. Son père la maria au cheïkh pour faire échec aux prétentions despotiques d'un caïd qui avait demandé sa main.

      Une fois chez son mari, elle se consacra à l'enseignement des petites filles et des petits garçons à la maison, tandis que les autres femmes s'occupaient des tâches domestiques. Elle enseignait le Coran, l'agmmaï ou alphabet et faisait découvrir aux autres des livres en berbère qui étaient, nombreux à l'époque, et traitaient de la tradition prophétique   Durant sa vie, elle n'a jamais manqué la récitation du hizb   matin et soir avec les gens de la zaouit, et ce jusqu'à sa mort en 1342 H / 1923, selon son fils, Al-Mokhtâr Al-Soussi.

      Chacune des trois épouses eut des enfants du cheikh. Rouqqaya Al-Adouzya pour sa part, en avait cinq: Quatre garçons et une fille.   

      Nous savons donc qu'Al-Mokhtâr Al-Soussi était issu d'une famille qui jouissait d'un certain renom de sainteté et possédait le savoir de l'époque.


2-4 Naissance et enfance.

      Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi naquit dans le village d'Ilgh dans la vallée de Dou-gadir dans l'Anti-Atlas occidental au mois de Safar 1318 H / 1900. Son grand-père maternel lui choisit comme prénom Mohamed Al-Mokhtâr pour le distinguer de son grand frère Mohamed.  

      Il était le premier né de sa mère et fut le sixième de la fratrie au nombre de quinze. Il fut aussi le premier dans sa tribu à porter le prénom d'Al-Mokhtâr ou l'élu, et puis par la suite, l'usage de ce prénom devint commun dans toute la région du Souss.  

      Ce n'est qu'en 1374 H / 1954, que Mohamed Al-Mokhtâr allait choisir le nom de Rida Allah pour son état civil et devint alors : Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi Rida Allah.

      Al-Mokhtâr Al Soussi se remémorait son âge tendre et les premières distinctions qu'il fit entre les choses et qui furent le début de son apprentissage. Se comparant à Descartes, il dit : « je me suis mis debout, un jour, dans un endroit de notre maison, dont je vois encore l'image;  et je me suis dit : Avec quoi voyons-nous, avec l'oeil ou avec la bouche ? J'ai fermé mon oeil et j'ai ouvert ma bouche, je n'ai rien vu. J'ai compris alors que nous voyons avec l'oeil. Est-ce que le lecteur peut comparer cette méditation à celle de Descartes, le jour où il fonda sa philosophie ? »  


3- Al-Mokhtâr Al-Soussi à la quête du savoir.


3-1 Dans la région du Souss.

      Al-Mokhtâr Al-Soussi commenca très tôt son apprentissage. A la maison, sa mère lui enseigna les premiers rudiments de l'écriture coranique ainsi que les sourates les plus courtes, chance qui n'était pas offerte à tous les enfants de la région :

      « Ma mère était enseignante des filles et des garçons avant qu'ils ne sortent de la maison pour aller apprendre chez d'autres enseignants qui tous étaient des amis de mon père ».   

      Le premier maître d'Al-Mokhtâr Al-Soussi fut sidi Abdellah Al-Ifghlâlî Al-Agmârî dans la zaouia Al-Ilghya, il lui enseigna le Coran entre les années 1323 et 1326 H / 1905 et 1908.

      Le jour où Al-Mokhtâr Al-Soussi sut lire tout le Coran (Assoufgh ou la khatma) son père invita les fouqarâ de la zaouia à manger Al-bsis   dans un grand plat creux en bois. Chacun en prit une bouchée puis s'en fut pour vaquer aux travaux de la moisson.

      Au mois de Mouharram 1327 H (1909) son père le conduisit en compagnie de ses deux frères, Ahmed et Al-Habîb chez sidi 'îssâ Al-Agmârî, près d'Ilgh dans un village nommé Al-'argoub. A quelque temps de là, il gagna un autre village à Achtouken entre Tiznit et Agadir pour apprendre chez le faqih sidi Ibrahim ben Al-Hadj Al-Rasmoukî qui était un homme austère. Un beau jour, Al-Mokhtâr Al-Soussi s'enfuit de cette médersa et se rendit à Al-Dchaïra où il donna libre cours à toutes sortes d'impolitesses et de grivoiseries.

      Le faqih sidi Ibrahim ne tarda pas à venir le capturer et le ramena à la médersa où il le tint enchaîné avec son frère durant quarante jours.   

      Une visite de leur père leur valut leur libérté et ils quittèrent sidi Ibrahim pour leur village natal où ils continuèrent à étudier. Mais, à quelque temps de là en 1328 H / 1910, leur père vint à mourir et les fouqarâ prirent la relève pour l'éducation des enfants de leur auguste cheïkh sidi Al-Hadj 'Ali.

      Le frère aîné Mohamed Al-khalifa le prit en charge et l'emmena en compagnie de son frère Ahmed à la médersa Ighchân où se trouvait le grand 'alim Abdellah Al-Ilighî, fils du fondateur de la médersa d'Ilgh. Il y étudia la langue, la grammaire, le fiqh et la littérature.   

      Après deux ans d'apprentissage, Al-Mokhtâr plia bagage et se mit en route vers une autre médersa.

      A la médersa de Bouna'man, notre futur pédagogue ne montrait guère d'intérêt pour ses études et nous dit qu'il préférait passer son temps à jouer avec un ballon confectionné à l'aide de chiffons.

      Une année plus tard, il rejoignit la médersa de Tankert située à Ifrâne [localité connue pour ses grottes] à 24 km de Bou-Izakâren, et dont le rayonnement dépassait les confins de la région.

      A l'époque, y enseignait un grand poète du nom de Al-Taher Al-Ifrânî. Il était assisté par deux grands 'alims : son fils Sidi Mohamed et Moulay Abderrahman Al-Bouzakârni.   

      Grâce au renom des maîtres aussi éminents, la médersa, attirait les tolba de tout le Souss et même de certaines autres régions du pays. C'est là qu'Al-Mokhtâr Al-Soussi prit goût aux études, surtout littéraires. Il étudia pendant plus de quatre ans, jusqu'à la fin de 1336 H (1918). Il avait alors très nettement progressé et approfondi ses connaissances. « Si tu avais appris toutes les sciences des anciens et des contemporains sans que tu sois homme de lettres, tu n'aurais aucune valeur aux yeux des gens de Ilgh, car chez eux, le pôle des sciences n'est que la littérature »    lui disait son maître sidi S'îd Al-Tanânî.

      Quand il atteignit l'âge de 18 ans, il quitta cette médersa dans laquelle il s'était montré assidu et d'un niveau supérieur à ses condisciples. Sa mère, qui était constamment derrière lui avec d'autres fouqarâ partisans de son défunt père, vit les prémisses de son espoir voir le jour. Elle tenait à ce que son fils devint un illustre savant.

      A notre connaissance, Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi ne quitta pas sa médersa avec uniquement des connaissances « scientifiques », mais aussi avec un bagage soufiste (ésotérique) qui a failli prendre le dessus tout au moins au début.

      Ici nous relevons le conseil d'un faqîr ami de son défunt père : « Mon espoir pour toi est que tu deviennes le savant des savants et non point le savant des fouqarâ. Je ne veux pas te voir à ma place, moi qui ai regretté de ne pas avoir complété mes connaissances comme je l'aurai voulu. Je désirais me rendre à Marrakech puis à Fès et ensuite aller en Egypte. Aujourd'hui, c'est ce que je souhaite pour toi parce que j'en ai été privé ».   

      Al-Mokhtâr Al-Soussi a bien suivi le conseil du faqîr. Il se consacra aux études et poursuivit sa quête du 'ilm malgré les entraves et les difficultés dues à des différends familiaux survenus après la mort de son père.   

      

Maîtres Ouvrages Institutions Date
- Abdellah ben Mohamed Al-Ilghî 1- Al-Ajroumya (Grammaire).
2-
Lamiat Al-'ajam (Littérature).
3- Al-fyat Ibn Malik (Grammaire).
4-
Rissâlat Ibn Abî Zaïd Al-Qaïrawânî. (Fiqh).
5-
Manzoumat Al-Azwâwî.
6- Lâmiat Ibn Malik (morphologie)
La médersa de
Ighachân (Ilgh)
Entre
1329 et 1331
(1911 - 1913)
- Ahmed ben Mass'oud 1- Al-Maqâmât (Littérature).
2-
Rissâlat Ibn Abî Zaïd Al-Qaïrawânî. (Fiqh).
3-
Charh Lamiat Al-'ajam.
4-
Al-fyat Ibn Malik (Grammaire).
La médersa de
Boun'Mân
Entre
1331-1332
(1913-1914)
- Mohamed ben M'Barek Outghjjicht 1- Calcul.
2-
Al-Mîrâth.
La médersa de
Tankert
Entre
1332 et 1336
(1914-1918)
- Al-Taher Al-Ifrânî
Et son fils
Mohamed.
1- Sahîh Al-Boukhârî (Hadith).
2-
Moukhtsar Khalîl (Fiqh).
3-
Al-fyat Ibn Malik (Grammaire)
4- Touhfat Al-Ahkâm (fiq
h).
5-
Al-Bourda + Al-hamzya (litt
6- Bânat Sou'ad (litt).
- Moulay Abderrahman (Bouzakarn) 1- Al-Sira (De Ibn Hichâm).
2-
Mourouj Al-dhahab (d'Al-Mas'oudî).
3-
Nafh Al-Tïb (de Al-Maqqarrî).
4-
Hayât Al-hayawân (d'Al-Dimiari).
5-
Tabqât Ibn Khallikân.

      Période de la formation d'Al-Mokhtâr dans le Souss :

      (Maîtres, ouvrages des programmes et lieux)


3-2 Le voyage à Marrakech.

      Après une nuit passée dans la médersa de Ighchân, Al-Mokhtâr Al-Soussi décida de rejoindre la médersa de Sa'idat aux environs de Marrakech dans la tribu des Aït Bou Al-Sbâ', chez le maître Moulay Abdelkader ben Larbi qui s'occupa de lui. Pour le voyage, il prit le nécessaire, monta sur un cheval et prit le chemin d'Essaouira. Ce fut là la premiere étape d'un grand voyage qui allait durer plus de vingt ans et au cours duquel la personnalité de Al-Mokhtâr Al-Soussi allait connaître de grands changements.

      Arrivé à Marrakech, il acheta un grand nombre de livres principalement de littérature. A Sa'idat, le début du changement d'Al-Mokhtâr se fit pressentir. Parmi les cent tolba présents, il se montra le meilleur, il préféra l'isolement et se consacra assidûment aux cours dispensés par sidi Larbi qui était à la veille de mourir : « J'avais décidé de changer le comportement qui était le mien dans les médersas du Souss. J'étais aussi occupé par l'étude et la compensation des prières que j'avais négligées auparavant. Pendant mon temps libre, j'allais à la rencontre des fouqarâ de la région, et je revenais avec une belle moisson de connaissances ».  

      Au début de 1338 H / 1919, Al-Mokhtâr Al-Soussi arriva à Marrakech pour rejoindre la faculté traditionnelle d'Ibn Youssef où il allait étudier pendant cinq ans. Ce nouveau et grand pas nous informe que notre étudiant avait bien progressé dans la voie de la connaissance des sciences religieuses de son époque.

      Il apprenait le tafsîr ou exégèse, le hadith ou tradition du Prophète, le fiqh ou droit musulman, Al-ousoul ou les fondements du droit musulman, outil essentiel pour les fouqaha, Al-'ouloum al-lissânya ou sciences linguistiques, telles que : Al-nahwou ou grammaire, Al-sarf ou la conjugaison, al-balâgha ou rhétorique, Al-'aroud ou prosodie et la littérature générale classique.

      Parmi ses maîtres éminents à cette période, nous pouvons citer : Mohamed ben Al-Hassan Al-Qâdî, Ibn 'Omar Al-Sarghînî, Moulay Al-Hassan Al-Sarghînî, Bouch'aïb Al-Bahloulî, 'Omar Al-Jirârî, Al-Yazîd Al-Roudânî, Moulay Ahmed Al-'Alamî, et Bibîs Ahmed Al-Akhsâsî  .

      A cette période, Al-Mokhtâr Al-Soussi habitait dans la médersa Ibn Youssef et ne fréquentait guère les autres tolba, ceci pour deux raisons : d'une part à cause de sa mentalité de campagnard, et d'autre part de son comportement de soufi. Il faut noter que durant cette période, il gardait encore de solides liens avec la confrérie des Darqâwa qui satisfaisait ses besoins, matériels et spirituels. Il faisait des économies avec les dons reçus, et il en porta même une partie à sa famille lors de sa visite au moussem annuel organisé dans la zaouia de son père à Ilgh, festivité à laquelle il tenait absolument à assister.   

      Son installation à Marrakech, balise une nouvelle étape dans la vie intellectuelle de Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi. Ce fut en l'année 1342 H / 1923, que le grand cheikh Abou Chou'aïb Al-Doukkâlî    arriva dans la ville de Marrakech. Cet intellectuel d'origine modeste mais de grande culture avait été ministre de la Justice de 1912 à 1923. Formé à la pensée réformiste, grand lecteur d'Afghani et d'Abduh, il entreprit d'enseigner les sciences religieuses fondées essentiellement sur les idées des Salafites.  

      Al-Mokhtâr Al-Soussi fut profondément influencé par ses cours : « La chance nous a souri par l'apparition du cheikh Abou Chou'aïb Al-Doukkâlî et ce fut dans ma vie  « la fermeture d'une porte et l'ouverture d'une autre ». Je me suis rendu compte de mon insouciance antérieure vis à vis des différentes sciences, et cela m'a incité à une persévérance inouïe ».   

      Al-Mokhtâr Al-Soussi se convainquit bientôt des grandes qualités de l'enseignement du maître qui lui inculqua l'approfondissement de la mémorisation, l'approfondissement des connaissances religieuses, l'éloquence dans l'expression et un soufisme pur. Tout cela l'incita plus encore au labeur. Il constata aussi que son ambition ne pourrait pas être satisfaite uniquement par ce qu'il avait pu acquérir dans sa région natale et même à Marrakech. Il lui fallait aller plus loin encore en quête du savoir.

      

Maîtres Ouvrages Institutions Date
- Abdelkader Al-Sbâ'î
- Mohamed Al-Sbâ'î
1- Al-Zaqqâqia. (Aucun autre ouvrage n'a pas été cité par Al-Mokhtâr) Al-Sâ'idât. 1337-1338
(1918 - 1919)
- Bouchaïb Al-Châwî 1- Moukhtsar Khalîl Faculté
IbnYoussef à
Marrakech
1338-1342
(1919 - 1924)

- Ibn Nouh Mohamed ben Omar Al-Sarghinî
1- Alfiat Ibn Malik
- Al-Sarghînî Mohamed ben Abî Bakr 1- Moukhtsar Khalîl
- Omar Al-Jirârî
1- Al-ttouhfa
2- Moukht
sar Khalîl
- Al-Qâdî Mohamed Ben Al-Hassan
1- Al-ttalkhî
s
2- Al-Jaw
har Al-maknoun
3- Al-ssoulâm
- Al-Dbbâgh Mohamed ben Al-Hassan Al-Mourrâkouchî
1- Matnou Al-isti'ârât d'Ibn Kîrân
- Ahmed ben Lahcen Bibis
1- Matnou Al-isti'ârât de Ibn Kîrân
- Abou Chou'aïb Al-Ddoukkâlî 1- Moukhtsar Khalîl
2-
Sahîh Al-Boukhârî
- Fath Allah Al-Rbâtî

1- Moukhtsar Al-mawâhib

      (suite)

      

Maîtres Ouvrages Institutions Date
- Al-Roudâni Al-yazîd
1- Al-Khazrajya
Faculté
Ibn Youssef à
Marrakech
1338-1342
(1919 - 1924)
- Moulay Ahmed Al-Fâssî
1- Jam' Al-jwâmi'
2- Moukht
sar Khalîl
- Ibn Al-Qourchî Abderrahmane
1- Al-touhfa
2- Al-talkhî
s


- Al-Sarghînî Moulay Al-Hassan
1- Moukhtsar Khalîl

      Période de la formation à Marrakech.

      (Maîtres, lieux et ouvrages)


3-3 Poursuite des études à Fès.

      A l'âge de vingt cinq ans, il rejoignit la capitale du savoir de son époque, Fès, en compagnie de ses deux frères puinés : Abderrahman et Ibrahim pour le même but qui était l'étude du 'ilm.

      Une fois installé à la médersa Al-Bou'nânia, il suivit pendant quatre ans les cours dispensés à Al-Qarawiyine. Ce fut pour lui la période la plus bénéfique et la plus marquante de son parcours.

      Il rencontra de jeunes tolba de son âge en pleine activité tant sur le plan scientifique que sur le plan politique. « A Fès j'ai remplacé ma pensée par une autre pensée et, il s'est formé en moi une vision nouvelle, moderne, basée sur la religion, la science et la sounna »   

      Nous notons que, à Fès, Al-Mokhtâr devint plus ouvert au monde environnant, sortit de son isolement et eut de nombreuses relations avec l'élite des tolba et oulémas venus de diverses villes et régions du royaume. En outre, sa culture et sa conduite furent désormais imprégnées des idées venues d'Orient qui propageaient le salafisme, le réformisme et le nationalisme. Il allait aussi s'affranchir des attitudes de soufi qui avaient été les siennes auparavant.

      Il s'est enrichi positivement de sentiments patriotiques et d'un bagage intellectuel conforme aux courants dominants de l'époque.

      Sur le plan de la vie intellectuelle, Al-Mokhtâr eut l'occasion de côtoyer de jeunes poètes influencés par la littérature orientale contemporaine de grands hommes de lettres tels que : Ahmed Chawqî (1808 - 1932), Hâfiz Ibrahim (1871 - 1932), Khalîl Matrân (1871 - 1949) et autres. Les cours d'un autre maître, l'érudit Ibn Al-'Arbi Al-'Alaoui eurent sur lui une influence déterminante et il ne fut plus le jeune du Souss à l'éducation de campagnard, fidèle à la doctrine des soufi Darqâwi, et imprégné de la mentalité des fouqaha berbères du Souss et de Marrakech. Désormais bien au fait de la pensée réformiste, il était devenu l'un des jeunes affiliés au mouvement salafi.

      Quant au patriotisme, Al-Mokhtâr fut informé, par le truchement de la presse venue d'Orient, des mouvements nationalistes qui se faisaient jour en Egypte, en Turquie, en Tunisie, en Syrie, en Inde, en Afghanistan, en Iraq, en Iran, et de celui des oulémas en Algérie. Il ne s'était pas écoulé une année avant qu'il n'ait pris sa place dans les rangs des jeunes militants pour l'émancipation des pays colonisés, au nombre desquels se trouvait le Maroc.

      L'activité politique de ces jeunes allait se développer et donner naissance à Fès, le 12 Rajab 1344 H ( 27 janvier 1926), à deux associations, l'une culturelle présidée par Al-Mokhtâr, l'autre politique secrète, dont la présidence fut confiée au plus jeune de ses membres : Allal Al-Fâssi. 

      Les autres membres étaient : Le faqih Al-Ghâzî, Abou Al-Mazâya Al-Kattânî, Abdelhâdî Mikouâr, Moulay Al-Sddîq Al-'Alaouî, Sidi Al-Madînî, Al-Jâbirî, Al-Farsîwî, et Al-Mokhtâr Al-Soussi  .

      Quand la Résidence générale fut au courant, elle prit la décision d'éloigner certains de ces jeunes de Fès. A ce moment-là, Al-Mokhtâr quitta Fès avant d'être éloigné par force.

      

Maîtres Ouvrages Date
- Mohamed Al-Habib Al-Filali 1- Al-Mouwtta.
2- Al-chifâ.
3- Al-touhfa.
4- Al-zqqâqia.
1343-1345 (1924-1926)
- Moulay Abdessalam Al-'Alaoui Ibn Al-'Tayb Al-Bkraoui 1- Moukhtasar Khalil. 1343 - 1346
(1924 - 1928)
- Al-Kttani Mohamed ben Ja'far 1- Mousnad ibn Hanbal.
- Al-Balghîtî Moulay Ahmed 1- Jam' Al-jwâm'.
2-
Sahîh Al-Boukhârî.
- Al-Rrasmoukî Mohamed ben Abdelmâlk 1- Al-fyat ibn Malik.
- Bennanî Al-'abbâs 1- Al-touhfa.
2- Al-Mouwa
tta.
3- Jam' Al-jawâmi'.
- Mohamed ben Larbi Al-'Alaoui 1- Al-mou'allaqât.
- Mohamed Al-Hajoui 1- Al-chmâil.
2- Al-ssoulam.
- Al-Habib Al-Maliki( Algérien) 1- Al-joughrâfia (géo)
- Abdesslâm Al-Fassi 1- Al-hissâb ( calcul)

      Période de formation à Fès

      (Maîtres et ouvrages)


3-4 Poursuite des études à Rabat.

      Al-Mokhtâr Al-Soussi s'installa dans la capitale administrative en 1347 H/1928, en compagnie de ses deux frères, qui l'avaient accompagné à Fès. Cette étape ne fut que le prolongement de l'étape précédente de Fès.

      Il rencontra des 'alims érudits (Abou Chou'aïb Al-Ddoukkâlî, Moulay Al-Madanî ben Lahcen, et Mohamed ben Abdessalâm) et assista à leurs cours avec assiduité.

      Parallèlement, il rencontra une autre élite cultivée (Mohamed ben Al-'Abbâs Al-Qabbâj, Mohamed ben Abî Bakr Al-Titwânî, Abou Bakr Bennânî Mustapha Al-Gharbî Al- Moustapha ben Al-Moubârak, et Abdellah ben Al-'Abbâs Al-Jirârî).  

      Al-Mokhtâr commença à s'intégrer dans cette nouvelle société où il trouva tout ce qui lui fallait pour atteindre son objectif, qui était aussi celui de sa mère : devenir un grand savant.

      N'oublions pas, non plus le conseil qu'un faqîr des partisans de son père lui avait donné lorsqu'il était encore dans sa région natale. C'est ainsi qu'au cours de cette étape à Rabat, lui vint à l'esprit l'idée d'aller étudier en Egypte en plus évidemment, du précepte de l'islam :  « Recherche le savoir jusqu 'en Chine. »ou encore « Recherche le savoir du berceau jusqu'à la tombe »

      Cependant Al-Mokhtâr se trouva handicapé par le manque de moyens financiers. Les modestes ressources dont il disposait ne lui permettaient nullement de faire un tel voyage Il écrivit à ce propos : « Que Dieu ait l'âme de Sahnoun    qui disait « Que Dieu maudisse la pauvreté ! Si ce n'était elle, j'aurais dépassé Malik ». « Si j'étais comme ceux qui sont riches, je serais parti.»  

      L'un de ses amis, Al-Makki Al-Nasiri  , vint lui rendre visite, à la veille de son départ pour l'Egypte, en lui proposant, avec insistance, de l'accompagner. Mais Al-Mokhtâr dut à contre coeur décliner cette offre. Il dit :  « Je n'oublierai jamais les larmes que j'ai versées, à cause d'ailes qui me manquaient, le jour où j'ai vu mes camarades partir. Ce fut un pénible moment d'amertume qui ne s'est atténué que par la consolation de certains maîtres »   

      Ici nous tenons bien à souligner cette vérité, que Mohamed Al-Mokhtaâr Al-Soussi n'était jamais parti en Egypte pour achever ses études, contrairement aux services secrets français qui l'ont signalé dans leurs notes de renseignements « Dans la soirée du dimanche 9 courant, vers 21 heures sur l'invitation de Larbi Diouri, une vingtaine d'indigènes parmi lesquels quatre membres de l'association des anciens élèves des écoles franco-musulmanes de Marrakech et une douzaine de commerçants fassis se sont réunis au domicile d'Abdelkrim Diouri, protégé anglais [...] puis Larbi Diouri a présenté aux convives un faqih du nom de Mohamed Ben Mokhtar Soussi arrivé depuis plusieurs mois d'Egypte où il a fait de longues études.

      Il a vanté le savoir et la sagesse de ce faqih, puis a comparé l'instruction que reçoit la jeunesse musulmane dans les écoles d'Egypte à celle qui est donnée au Maroc, critiquant ouvertement notre enseignement dans les écoles franco-arabes » 

      Il est à signaler également que dans le dossier établi au sujet d'Al-Mokhtâr par les services secrets français, on notait « Mohamed ben Mokhtar » exceptées quelques notes en fin du dossier, ce qui n'était pas conforme, car Mohamed n'est pas fils d'Al-Mokhtâr. Ce deuxième prénom lui a été donné par son grand-père pour le différencier de son frère également appelé Mohamed.

      C'est ainsi qu'il dut renoncer à aller étudier à Al-Azhâr. A cette étape de sa vie, Al-Mokhtâr allait d'ailleurs et toujours pour les mêmes raisons, se trouver contraint de s'engager dans la vie active et d'abandonner ses études. Après tant de pérégrinations à travers le pays, en quête du savoir, il avait acquis un bagage considérable et une culture vaste et meublée, qui le rendirent apte à prendre place au rang des oulémas et à jouer un rôle important dans la société de son temps.

      

Maîtres Ouvrages Date
- Al-Madanî ben Al-Houssaïnî 1- Les six livres du hadith
2- Al-fyat Al-'irâqî (Ousoul)
3- Blough al-marâm
4- Moukhtasar Khalîl
5- Al-zqqâqya
6- Al-talkhîs
7- Ibn Al-Salâh
1347 H / 1929
- Mohamed Al-Sâih 1-'Oumdatou al-ahkâm
2-Al-mouwatta
- Le grand cheikh Abou Chou'aïb Al-Ddoukkâlî 1- Al-amâlî
2- Al-tafsîr
3- Touhfat al-ahkâm

      Période de formation à Rabat

      (Maîtres et ouvrages)

      Voir l'itinéraire d'Al-Mokhtâr dans l'annexe. p : 297.


4- La culture de Mohamed Al-Mokhtâr Al-Soussi.

      Signalons dès le départ que le personnage d'Al-Mokhtâr Al-Soussi, a passé un quart de siècle en quête du 'ilm que seule l'écriture pouvait enchaîner, selon son expression : « Al'ilmou saïdoun wa al-kitâbatou qaïdouhou ».   

      L'horizon culturel d'Al-Mokhtâr était très vaste selon les critères de son époque, surtout si l'on sait que l'analphabétisme était très courant parmi les populations tant rurales qu'urbaines.

      Suivant les valeurs sociales de son époque, le savoir le plus apprécié était celui des sciences religieuses ce qui nous permet d'attribuer à Al-Mokhtâr une culture purement traditionnelle, qui se métamorphosa en semi-traditionnelle à partir de la période où il enseigna à Marrakech.

      A notre avis, Al-Mokhtâr puisait sa culture à quatre sources : Les traditions populaires de sa région natale et les milieux qu'il y avait fréquentés, les adeptes soufis de son père, le genre de livres qu'il a étudiés durant les années de formation, et enfin le salafisme et le nationalisme, Ce qui nous permet d'attribuer à sa culture le qualificatif de traditionnelle montrant dans son image de faqih du XXème siècle, le début des changements et des mutations dans lesquels la société marocaine était manifestement en train de s'engager.

      Al-Mokhtâr fut un 'alim traditionnel de son temps. En effet, les méthodes d'enseignement et les programmes dans le pays n'avaient connu que des réformes superficielles, depuis celles qui avaient été mises en place à l'époque du sultan Mohamed ben Abdellah Al-'Alaoui en 1203 H / 1788 lorsqu'il avait désigné par décret les ouvrages destinés à l'enseignement et ceux qui étaient interdits. 

      Depuis lors, l'enseignement traditionnel n'avait connu aucune évolution marquante. Il restait axé sur les sciences religieuses, les sciences de la langue arabe et modestement sur la littérature. Il n'y avait nulle place pour les sciences profanes.

      La culture d'Al-Mokhtâr n'était donc, en grande partie, que le résultat de ce système d'enseignement séculaire qui a forgé sa personnalité et a fait de lui un faqih traditionnel,   religieux, amoureux de l'enseignement, et qui a préféré demeurer dans le milieu citadin, contrairement à Al-Hassan Al-Youssî.

      Quant à sa vision envers le soufisme il a dit : « Le vrai soufisme n'est pas l'habillement rapiécé, ni le port des rosaires autour du cou, ni l'exagération dans l'amour des chouyoukh, mais le vrai soufisme est la droiture selon la vraie sounna du Prophète (BSDL)... Si nous étions un vrai Etat Islamique, nous aurions dû purifier notre religion de toute hérésie... Mon principe est celui de la salafya, je le déclare solennellement... Je n'imite aucun autre courant, ni pour négliger une sounna, ni pour embrasser une hérésie ».   

      Ainsi pouvons-nous remarquer que la culture traditionnelle de Mohamed Al-Mokhtâr, après ses péripéties dans la quête du savoir, prit un nouveau aspect et s'enrichit de l'apport du courant de la salafya.

      Comme les milieux populaires où sévissaient l'analphabétisme, l'ignorance et la superstition étaient particulièrement exposés aux dérives hérétiques, Al-Mokhtâr traduisit en berbère: « Al-arba'îne Al-Nnawaouya » (les quarante hadith d'Al-Nnawaouî) et « Al-anwâr Al-sanya » (les lumières brillantes d'Ibn Jouzay). Il saisit aussi l'occasion au début des années 1960 pour dispenser l'éducation religieuse en berbère du Souss,  à un large public soussi, par la voie de la radio    surtout durant le mois du Ramadan.

      A sa mort, dans un accident de la route, il laissait un ensemble d'enregistrements atteignant le nombre de 90 émissions, qui sont parfois aujourd'hui encore, diffusées sur antenne à l'occasion de certaines manifestations religieuses.

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16/10/2007
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