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Le waqf au Maroc : Aperçu historique

Le waqf au Maroc : Aperçu historique

Le début du waqf au Maroc date de l'époque Idrisside, avec la reconstruction et l’élargissement en l’an 245 de l’hégire de la mosquée Quarawiyine par Fatima El Fihria.

Femme pieuse et héritière d’une immense fortune, Fatima El Fihria avait un grand dévouement pour les œuvres pieuses, et a dépensé des sommes colossales pour l’édification de ce monument dans la Adoua (quartier) dite Quaraouiyine. Bien que construite au début pour servir les habitants du quartier, dont le nombre ne cessait de croître avec l’arrivée des immigrants d’El Qairaouan (Tunisie), cette mosquée est devenue un phare spirituel, éducationnel et culturel et la première université du monde arabo-musulman.

Les fonds nécessaires à la gestion de la mosquée Quarawiyine provenaient des terres agricoles et des immeubles mis en waqf à cet effet. Au fil des années, la ville de Fès a vu se développer des biens waqf appelées waqfs des Quaraouiyine, ce qui a permis l’édification et la gestion d’autres mosquées éparpillées dans toute la ville. Ces waqfs étaient très nombreux et d’une grande richesse .

La construction des mosquées était l'une des préoccupations majeures des dynasties qui se sont succédées sur le trône du Maroc. Conscientes du rôle prépondérant de ces institutions dans la conservation et la consolidation de l’unité religieuse des marocains, ces édifices de culte ont toujours fait l’objet d’une attention particulière. Ainsi, chaque dynastie, après l'édification ou le choix de sa capitale, édifiait une grande mosquée et mettait en waqf les biens à même de pourvoir aux besoins de gestion y afférents.

De leur coté, les particuliers et les bienfaiteurs se sont adonnés non seulement à la construction des mosquées à travers le Maroc, mais aussi à l’édification de médersas pour l'enseignement de la langue arabe et des sciences de la religion. Leur nombre s’élevait à deux cents médersas rien que dans la région du Sous au sud du Royaume.

De même, des bibliothèques ont été mises en waqf au service des étudiants et du corps enseignant et étaient soit annexées aux médersas, soit situées à proximité. Elles ont constitué par la suite le noyau des grandes bibliothèques marocaines célèbres existantes à nos jours.

Sous le règne des Mérinides, le waqf connaîtra son apogée et s’étendra à d’autres secteurs économiques et sociaux. Ainsi, de nouvelles institutions chargées des pauvres, des infirmes et des malades ont bénéficié des fonds waqf à l’instar des mosquées et des médersas. Il en est ainsi des asiles de vieillards et des aveugles, des orphelinats, des hôpitaux, des léproseries et des hôtels pour les voyageurs en détresse où étaient fourni nourriture et habillement. Ces fonds ont aussi servi au forage des puits d’eau, à l'aménagement des seguias, des fontaines et des abreuvoirs, à l'éclairage des ruelles et des avenues, à l’aménagement des cimetières, etc.

Dans le domaine éducatif, les étudiants des différentes médersas, dans les villes ou dans les campagnes, ont été gratifiés de bourses, d’internats, de cantines et de nombreuses bibliothèques, permettant ainsi la vulgarisation et la démocratisation de l’enseignement à travers le royaume et l’accès de milliers d’écoliers à la connaissance.

Les artisans et les agriculteurs, pour leur part, ont aussi bénéficié de l’aide des institutions waqfs. Dans la ville se Fès, un fond a été établi pour accorder des crédits sans intérêts aux artisans afin de promouvoir l’artisanat national. Dans les différents villages de la région, on creuse les seguias et distribuait les grains aux paysans nécessiteux.

L’institution d’unités administratives pour gérer les biens waqfs ne verra le jour que sous le règne des alaouites. Moulay Ismail (1082-1139/1672-1727), conscient de la richesse et de l’importance des waqfs à travers les différentes villes du royaume et par crainte que ses biens ne se perdent, ordonna aux différents nadhers de les recenser et de les consigner dans des registres. Et c’est ainsi que les hawalates ismaélites ont ainsi vu le jour, avec comme objectif de délimiter les waqfs et d’établissant la volonté des donateurs.

Dans le même ordre d’idées, son frère, le sultan Moulay Abdellah, désigna en 1143 Belkacem al Mastassi à la tête de la Nedhara générale des Habous, une des hautes institutions de l’Etat chargée de contrôler les différents nadhers du royaume qui étaient désignés pour gérer les biens waqfs par le donateur lui-même, par le cadi ou par la communauté des musulmans. Ils étaient très nombreux, à tel point qu’on trouvait un nadher pour chaque bien waqf. Devant une telle profusion, le sultan sidi Mohammed Ben Abdellah décida de nommer un seul nadher pour chaque région afin de mieux centraliser la gestion des waqfs.

Les rois alaouites prenaient en considération l’importance du waqf et ont contribué à sa pérennité par l’institution de plusieurs dahirs et lois. Le sultan Moulay Abderrahman Ben Hicham a ainsi interdit la compensation dans le domaine du waqf, patrimoine de tous les musulmans, par crainte de manœuvres frauduleuses. Dans le même sens, le sultan Moulay Abdelaziz a ordonné que l’affaire du waqf soit exclue de l'ordre du jour de la conférence d’Algésiras en 1906. Les délégués du Makhzen se sont battus pour que soit stipulé dans l’accord signé ultérieurement par Moulay Abdelhafidh, le respect des institutions religieuses et les waqfs islamiques.



03/10/2007
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