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Le Commandeur des Croyants

Le Commandeur des Croyants.

La notion de « commandeur des croyants » englobe celle de tutelle générale, de commandement suprême investi de la double charge de sauvegarder la religion et de gérer les affaires publiques.

Celui qui assume la commandement des croyants est dit « calife » en ce sens qu’il est successeur du Messager de Dieu -Sur Lui Bénédictions et Paix divins-. On lui attribue également le titre d’«Imâm » puisque cette fonction (l’Imâma) à laquelle s’ajoute le prêche relèvent de ses propres attributions telles qu’elles furent assurées à l’époque du Messager de Dieu -Sur Lui Bénédictions et Paix divins- et de celle des califes orthodoxes qui lui ont succédé. C’est une responsabilité qui lui est inhérente et que personne d’autre que lui, sauf par délégation, ne peut assumer. Il prend aussi le titre de « Commandeur des croyants ».Ce rôle de chef suprême sans supérieur hiérarchique, confère au commandeur des croyants un pouvoir qui ne saurait souffrir de partage.

Source de légitimité de la notion de « commandement des croyants »:

La légitimité de cette notion est fondée sur l’unanimité des oulémas de l’islam, la pratique des Compagnons et des suivants, l’opinion des sounnites, des morji’a, des chi‘ites, des mou‘tazilites et des kharijites à l’exception d’une minorité parmi eux. Tous ces courants s’accordent pour estimer que l'imâma est une obligation, voire un devoir indispensable.

Dans son ouvrage « al fasl », Ibn Hazm écrit : « Les sounnites, les morji’a, les chi‘ites et les kharijites sont tous respectivement unanimes à penser que l'imâma est obligatoire et que les membres de la communauté(oumma) doivent se soumettre à un imâm juste, apte à mettre en application les commandements divins et à prendre en charge la gestion de leurs affaires conformément aux règles de la chari‘a telle qu’elle fut instaurée par le Messager de Dieu  -Sur Lui Bénédictions et Paix divins- ».

Dans ses « Ahkâm as-Soultâniya », al Mawardî écrit : « S’il est admis que l'imâma est obligatoire, sa réalisation pratique demeure à titre communautaire, à l’instar du jihad, de la quête du savoir. Autrement-dit, si elle est assumée par la personne habilitée, le reste de la communauté en est dispensé ».

Pour les achâ‘ira et les mou‘tazilites, l'imâma puise son caractère obligatoire dans la chari‘a étant donné que l’imâm est chargé de mettre en application ce qui relève de celle-ci.

Le caractère obligatoire de l'imâma:

L’unanimité est la preuve irréfutable du caractère obligatoire de l'imâma à toute époque postérieure à celle du Messager de Dieu(psl) puisque les gens ne peuvent vivre dans un désordre sans guides ni chefs :

Il ne convient pas que les gens vivent dans le désordre sans chefs aux nobles qualités
.

Cette unanimité est basée sur les indications du Coran et de la sounna du Prophète. Al Mawardî affirme que « le droit divin recommande que les affaires de la communauté soient entre les mains d’un responsable religieux. Dans la sourate An-Nisâ, Dieu-le Très Haut- dit :

« Vous qui croyez ! Obéissez à Dieu, obéissez au Messager et aux responsables d’entre vous »(v. 59).

Hichâm b. ‘Ourwa rapporta, d’après Aboû Sâlih, d’après Aboû Horayra que l’Envoyé de Dieu(psl) dit :
« Après moi, vous serez gouvernés par des chefs, chacun à sa manière : le vertueux selon sa qualité et le libertin selon son vice. Je vous recommande de leur obéir en tout ce qui est censé être conforme à la raison. Ainsi, au cas où il agiraient correctement ce serait à votre profit et au leur ; au cas contraire, ce serait à votre profit et à leur détriment ».

Le Prophète -Sur Lui Bénédictions et Paix divins- détenait des pouvoirs politiques que ne peut exercer qu'un chef d’Etat, comme la mise en application des peines prescrites, la signature de conventions, la mobilisation de l’armée, la nomination des gouverneurs, le règlement des contentieux à caractère financier, pénal ou autres.

Aboû Bakr: Le premier Calife

Ce fut dans le but de s’acquitter de ce devoir légitime, religieux et à caractère communautaire que, suite à la mort du Prophète(psl) et avant même d’entamer l’organisation de ses obsèques, les Compagnons décidèrent d’abord de tenir l’assemblée dite d’Assaqîfa qui fut couronnée par la cérémonie d’allégeance prêtée à Aboû Bakr. Le lendemain, à la mosquée, le plus grand nombre de musulmans entérinèrent cette allégeance, comme témoignage d’un accord unanime sur la nécessité d’élire un imâm ou calife à leur tête.

On estime que la raison derrière la prépondérance au Maroc de l’école juridique malékite serait cette relation de Mâlik, dans son Mouatta’, d’après son grand-père ‘Abd al Kâmil, accompagnée de sa fatwa en vertu de laquelle il réclama la destitution de Ja‘far al Mansôr au profit d’an-Nafs az-Zakiya (auquel il avait prêté allégeance) qui avait recommandé son frère Idrîs Ier comme successeur.

Selon Ibn Jozayy dans « al Qawâninal fiqhiyya », le premier à s’être attribué le titre de commandeur des croyants en Andalousie fut l’omeyade Abd ar-Rahmân an-Nâsir(mort en 350 de l’hégire). Assouyoûtî, pour sa part, confirma l’information en signalant que ce dernier s’était effectivement proclamé calife et commandeur des croyants à un moment où la dynastie ‘abbasside était en état de décadence sous le califat d’Al moqtadir.

Dans son ouvrage « Azhâr ar-riyâd », al Maqrî écrivit : « Annâsir, à la tête d’un état puissant -comparé aux troubles que connaissait le pouvoir des ‘Abbassides en Orient avec des califes affaiblis-, fut le premier à s’être proclamé commandeur des croyants en Andalousie. Ainsi, il choisit de faire l’introduction de cette proclamation une introdduction au prêche qu’il prononça à la mosquée de Cordoue en 316 de l’hégire. De plus, il adressa une circulaire à ce sujet à ses gouverneurs dans laquelle il déclara : « Nous estimons que le titre de commandeur des croyants devra désormais nous désigner dans toute correspondance officielle. Tout autre que nous -même qui se l’attribuerait ne pourrait être qu’un intrus et un imposteur, sachant que la non exécution de ce devoir par nos gouverneurs équivaut à un droit non préservé et à une dignité acquise non sauvegardée. Vous êtes donc tenu d’ordonner aux prêcheurs qui se substituent à vous d’en faire usage dans leurs discours comme il incombe à vous-mêmes de respecter cette consigne protocolaire dans les correspondances et discours que vous nous adresserez».

Depuis Moulay Idris jusqu’à Sa majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a toujours su pérenniser le régime du califat et de l’allégeance légitime qui déterminent les droits et obligations des gouvernants et gouvernés les uns envers les autres, dans un cadre où la tradition dans ses manifestations les plus authentiques cohabite harmonieusement avec la modernité dans ses aspects les plus récents. Ainsi ni la modernité ne se sent bloquée par la tradition ni cette dernière ne refuse ce qui à la fois nouveau et utile.



01/10/2007
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