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CAID GLAOUI

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Thami El Glaoui, la vie mouvementée d'un Pacha.



Dans un ouvrage qu'il vient de publier sur son père, le fils du Glaoui et petit-fils du vizir El Mokri ouvre une page de l'Histoire.

L'histoire officielle emprunte des raccourcis qui ne servent le plus souvent que ceux qui l'écrivent. Résumer le geste du Glaoui à la journée du 25 octobre 1955, date de son ralliement au sultan Mohammed V, relève de cette démarche. L'ouvrage que vient de lui consacrer son fils, Abdessadeq, montre que la réalité historique est bien plus complexe. Témoin et parfois même acteur, le jeune fils du Glaoui et petit-fils, par sa mère, du Grand Vizir Mokri, s'est appliqué à un travail de mémoire, aidé en cela par la somme d'archives dont il disposait, pour rendre compte des dernières années de la vie du pacha. Et répondre ainsi à la question inévitable : pourquoi le caïd Glaoui, issu d'une famille de makhzenis depuis le 17ème siècle, a-t-il tourné le dos au sultan Mohammed V ?

A lire les 300 pages de l'ouvrage, et à pénétrer dans l'intimité d'un homme qui a suscité « passion, haine, et crainte », un parallèle vient à l'esprit : l'histoire du Pacha El Glaoui est avant tout l'histoire d'une transition, celle d'un Maroc féodal reposant sur une élite traditionnelle, à un Maroc moderne porté cette fois par une élite citadine. La retranscription d'une conversation, lors d'un dîner privé à Londres le 2 novembre 1954, entre le Pacha et son ami de longue date, Winston Churchill (qui lui vouera une amitié sans faille) est, de ce point de vue, éclairante. Alors que le Premier ministre britannique s'indignait de l'instrumentalisation du Pacha par les Français pour obtenir le départ de Mohammed V et l'intronisation de Ben Arafa le 20 août 53, le Glaoui, lui, expliquait que « s'il était arrivé à prendre position contre le sultan, c'est parce qu'il était convaincu que Sidi Mohammed Ben Youssef, en choisissant de s'appuyer sur les nationalistes et d'abandonner les élites traditionnelles du pays, avait mis la monarchie en péril et que c'était là l'opposition des pachas et caïds contre lui ». C'est là la version livrée par le pacha, reprise aujourd'hui par son fils et qui, au regard de l'histoire, a une cohérence.

Une obédience religieuse.

Agé, affaibli par la maladie qui le rongeait depuis 1941, largement instrumentalisé par son fils aîné, Brahim, aux ambitions purement personnelles, et manipulé par « ses amis français » qui alimenteront le feu durant toute la brouille entre le pacha et le sultan Mohammed V à partir de 1950, Haj Thami El Glaoui n'a pas su comprendre que le Maroc changeait. Car le Protectorat allait avoir un impact majeur dans l'inconscient collectif : la présence française allait contribuer à créer une identité nationale, transcendant l'identité tibrale ou familiale. Jusque-là, en effet, l'obédience religieuse au sultan alaouite était le principal trait d'union entre la population et le Monarque. Dépositaires de son autorité, les caïds, seigneurs de guerre investis par le Makhzen de fonctions politiques et administratives (ce fut du moins le cas pour la famille Glaoui, originaire de Telouet, dès le règne de Moulay Ismaïl ") étaient le lien entre le peuple et le sultan. Et si, à en croire l'auteur, « le Pacha El Glaoui n'avait jamais pensé que le départ en exil de Sidi Mohamed Ben Youssef allait provoquer une insurrection au Maroc », c'est qu'au regard des sujets marocains, la légitimité dynastique n'était, à l'époque, pas filiale mais familiale. « Dans son souvenir, il (le Pacha) gardait l'image scélérosée de l'intronisation de Moulay Hafid et la déroute de Moulay Abdelaziz ; il se rappelait alors comment tout s'était accompli dans l'indifférence populaire ». L'ordre social préexistant à la veille de la présence étrangère au Marocallait être remis en cause par l'apparition d'une conscience nationale cristallisée autour de la personnalité du sultan Mohammed V. Le mouvement national ne pouvait donc être considéré sans danger par une caste de féodaux qui y voyait certes la fin de leur privilège, mais avant tout la fin d'un ordre établi, qu'en outre, la modernité du sultan (dont les photographies de ses filles habillées à l'occidentale ou encore en maillot de bain sur les plages) n'était pas pour rassurer les conservateurs. Par ailleurs, l'antagonisme entre une élite citadine, fassie, et une élite rurale allait renforcer la méfiance d'une personnalité comme celle du Pacha El Glaoui. Les Français, effrayés par l'émergence d'une revendication nationale au milieu des années 40, allaient en jouer en accentuant la dissidence du Glaoui. Plus qu'une réhabilitation de la mémoire d'un père, aimé, craint et respecté malgré la divergence de point de vue, l'ouvrage d'Abdessadeq El Glaoui invite à des réflexions plus larges : pourquoi le mouvement national, en se libérant du « joug » français, n'a-t-il pas cherché à s'affranchir d'un système qui, in fine, a repris dans ses grandes lignes l'architecture féodale du début du siècle, les seigneurs de guerre ayant été remplacés par des fonctionnaires du Makhzen ? D'autre part, il apparaît évident que les fondements de la monarchie marocaine reposent essentiellement sur l'obédience religieuse. C'était vrai avant 1907, ça l'est encore aujourd'hui, à la différence que le Protectorat a contribué à faire de l'intégrité territoriale un second critère de légitimité. L'actualité des propos tenus entre Churchill et le Glaoui, en 1950 est frappante : « Votre régime, expliquait le Britannique, présente deux caractéristiques qui l'opposent à notre conception de la démocratie : le Sultan est à la fois chef temporel et spirituel. (..) Vous devez donc vous soumettre, non seulement personnellement, mais aussi politiquement, et religieusement ». Et Churchill de conclure : « Evidemment, je préfère de beaucoup notre démocratie où notre liberté politique n'est pas incompatible avec notre allégeance à la Reine ».

Nadia Hachimi Alaoui.

lejournal-hebdo.com



10/10/2007
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