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ABDERRAHIM SEOUIRI

ABDERRAHIM SEOUIRI

Incontestablement, le destin d'Abderrahim Souiri est marqué par le chant. Son père, déjà, était mouaddin à Essaouira. Ce sont les mélopées religieuses et sensuelles andalouses qu'il a choisi -à moins qu'il ait été choisi par elles- pour y mettre tout son coeur. Au point qu'Abderrahim ne cesse de se distinguer hors frontières, notamment à l'Opéra Garnier à Paris. Une vie pour une vocation.

Essaouira 1957, Si Boujemaa Souiri vient d'avoir un quatrième bébé et par là son troisième fils. Il remercie Dieu pour cette progéniture mâle qu'il a baptisée du nom d'Abderrahim. Si Boujemaa est mouaddin. Avant l'aurore, il annonce depuis le minaret la prière d'El Fajr. Sa belle et pieuse voix règne, dans le grand silence éloquent, sur le mellah d'Essaouira. Le grand quartier juif de la ville. Croyants et porteurs de livres qu'ils sont, les habitants de ce quartier ne sont pas gênés par les psalmodies de ce mouaddin.

Sa voix est parvenue aux oreilles du Pacha Belmaalem. Ce dernier l'invite alors à assister à ses soirées conviviales animées par un grand de la musique andalouse, Moshé Afriat, juif souiri. Dès la première soirée, Si Boujemaa a succombé aux poétiques "Insirafat" de Moshé, influant ainsi inconsciemment le sort de son fils Abderrahim.

Ce gamin de 10 ans est curieux. Attiré par tout ce qui bouge. Même les cordes vocales qui vibrent. Les chants spirituels de Zaouia ont absorbé la curiosité auditive de Abderrahim. A côté de son frère aîné Abdelmajid, il a appris par cur toutes les bénédictions qui chantent le prophète. Le chant andalous, Abderrahim l'a assimilé religieusement.

Après la mort de Si Boujemaa, Abdelmajid, en fils aîné, a pris en charge l'éducation de ses trois frères et ses deux surs. Sa mère aussi. Destination Casablanca, une offre d'emploi dans une banque de la place l'impose.

Abderrahim s'est éloigné de Zaouia et de la musique de Moshé. Mais pas pour longtemps. Abderrahim rencontre en effet Fqih Lhiyani et Haj Benjelloun Touimi. Deux noms qui vont marquer sa carrière. Il va, par sa curiosité innée et sa fougue juvénile, se mesurer à ces deux grands noms de la musique andalouse. Dans les fêtes, les cérémonies de mariage, ou les soirées conviviales. Abderrahim commence à pressentir qu'une grande carrière se dessine devant lui.

Mais, il ne sait pas encore qu'il va finir par croiser, un soir de l'été 1983 le chemin de son idole. Une rencontre et une seule avec Feu Abdelkrim Raiss a suffit. Le maître n'a pas tardé à reconnaître les talents de son élève. < Tant que je vis, je serai toujours fier de cette reconnaissance >, confie Souiri. Avec ce grand monument de la musique andalouse, il a perfectionné son art artisanal. Abderrahim n'est d'ailleurs pas le seul à le reconnaître. Le grand Bajeddoub, le doué Debbi et le talentueux Briouel ne peuvent pas nier leur apprentissage auprès de l'école Raiss. Le Maallem incontestable a marqué Abderrahim. < Vif d'admiration pour son génie et sa sagesse, je me faisais plaisir à le déposer depuis Casablanca chez lui à Fès. Ce plaisir l'embarrassait, ce qui le rendait furieux contre moi > se rappelle, avec nostalgie, Abderrahim. La fureur d'un père pour son fils et la fierté d'un homme grand avec son cur. Cette grandeur, Abderrahim en rêve : < Le chant andalou n'est pas une histoire de reprendre des vers dans des notes écrites ou de percuter, sans glisser, une balance reconnue. Pour chanter l'andalous, il faut avoir la grandeur de l'âme et la générosité du cur ".

La musique andalouse qu'interprète Abderrahim Souiri, comme celle de ses précepteurs, balance entre le génie de ses compositions et la sensualité de ses chants. Ses inconditionnels autant que les simples amateurs l'apprécient à sa juste valeur. La reconnaissance du public exalte Abderrahim Souiri. < Vous vous imaginez devant quelques 15 mille spectateurs tous en train de répéter des morceaux et qui créent "Ana mani fiya". C'est un sentiment d'extase qui m'excite à chanter les larmes aux yeux" , raconte Abderrahim. C'était lors du dernier Festival de Rabat où le duo Bajeddoub et Souiri ont enchanté le public dans deux mémorables soirées au Palais de Tazi et la Place Hay Riyad. Ces deux soirées ne sont pas les seules à avoir marqué Abderrahim. < Je me rappelle, comme si c'était hier, de ma production en 1995 au fameux Opéra Garnier à Paris. Sans micro et dans une enceinte archi-comble d'une élite de musicologues orientalistes, j'ai chanté de toutes mes forces mon amour pour cette musique >, me décrit fièrement Abderrahim. La soirée de l'Opéra Garnier n'est pas la seule pierre blanche dans la carrière de Souiri qui attribue sa réussite à André Azoulay, le Conseiller de SM le Roi. Ses productions à l'étranger, en solo, en duo ou avec l'orchestre de Briouel, ont eu de grands échos. Au Caire, à Singapour, à Carthage, à Washington comme à Boston, tous en témoignent favorablement. Abderrahim Souiri n'est pas seulement né pour chanter. L'homme est un viveur. Par essence généreux, Abderrahim aime partager son bonheur avec tout ceux qu'il aime. Sa famille, ses amis et ses admirateurs. Ses détracteurs, s' ils existent. Il prend plaisir à vivre avec eux leur souffrance. Une souffrance qu'il dissimule dans son grand sourire et qu'il absorbe au fond de son âme. Une âme faite pour chanter la vie et la mort. Au delà se jouent les notes d'une musique qui sillonne la volupté de l'être et du néant.

Ecouter   Al Fiya
  Ecouter   Ibtayhi
  Ecouter   Insiraf
  Ecouter   Insiraf a
  Ecouter   Koddam a
  Ecouter   Koddam b
  Ecouter   Koddam c
  Ecouter   Koddam d
  Ecouter   Koddam e
  Ecouter   Maoual a
  Ecouter   Maoual b
  Ecouter   Taouchi



12/10/2007
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